La violence masculine dans les relations de couple


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Je vais commencer par énumérer une série dimages, de situations qui certainement auront une signification différente pour les femmes et pour les hommes.

 

* Traverser à pied une ruelle obscure la nuit.

* Entrer la nuit dans une maison sous des arcades et dans le noir.

* Tomber en panne lorsque, la nuit, nous traversons un lieu inhabité;

* Traverser un parking souterrain avec quelques néons éteints.

* Traverser, le soir tombant, un parc solitaire, planté darbres.


    Ce qui est arriv
é au petit Chaperon Rouge et ce qui peut nous arriver à nous aussi. Le loup est à laffût dans lobscurité et nous les femmes ne devons jamais entrer seules dans le bois. Nous avons besoin de protection, nous ne savons pas nous defendre seules, nous avons besoin de la protection dun homme pour nous protéger de lhomme. Loup à laffût. Cette peur, nous les femmes nous lavons intériorisée,et cela quel que soit notre âge. Quelque chose risque de nous arriver. Nos parents, nos mères et nos pères nous ont transmis cette peur et, même si rien ne nous est arrivé, cette peur est toujours présente.


    A nous femmes, on nous a transmis que l
espace public est un espace potentiellement dangereux pour nous. Et on nous a aussi transmis que nous sommes responsables de ne pas nous soumettre au danger. Un exemple récent de cela est la campagne menée par la mairie de Baiona pour que les filles contrôlent leur comportement, leur façon de shabiller et le fait d’être toujours accompagnées, spécialement lors du retour chez elles. Une fois chez nous, nous sommes en sécurité, car la maison est le lieu le plus sûr pour les femmes.

 

    La méfiance envers les hommes inconnus, envers les hommes de l’espace public nous à été transmise. Et seule la femme en couple est hors de danger. La maison, et le mariage nous sont présentés comme l’espace protége pour les femmes, l’espace “nid”, le refuge féminin. Nous pouvons par exemple l’observer dans la publicité des assurances ou des alarmes, où très fréquemment les femmes sont représentées dans une attitude relaxée, assises avec leurs enfants sur un divan blanc, un espace confortable qui transmet la paix et le bien-être.


    Ce qu
on nous a fait croire et c'est cela qui devient aussi incompréhensible qu'inacceptable, c'est que ce soit lhomme que nous avons choisi, cet homme qui devrait nous protéger qui nous agresse dans une maison où rien ne devrait nous arriver.


    C'est ce qui arrive aux femmes qui sont battues, pi
étinées et abattues par leur mari, leur fiancé, leur compagnon de vie, et bien souvent le père de leurs enfants. Cette femme nest pas agressée dans un parking souterrain, ni dans une ruelle mal éclairée, ni par un homme inconnu. Non. Elle est agressée par celui même quelle a choisi pour partager sa vie.


    Qu
est-ce qui se passe lorsquune femme est violemment agressée par cet homme ? Il est possible que cette femme raconte des mensonges pour que personne ne sache que cest son mari qui la agressée ? Il est plausible quelle dissimule les coups sous une couche de maquillage. Mais que lui arrive-t-il à cette femme?... se demande sa voisine, sa sœur, sa mère, sa copine.


    Et si jamais elle se d
écide à faire le pas, à dénoncer son mari, à quitter la maison qui est devenue un véritable cauchemar, peut-être bien quune semaine plus tard elle retournera auprès de son mari, quelle lui pardonnera, avec la promesse que cela ne se reproduira plus jamais.


    Et personne ne la comprend, personne ne comprend pourquoi elle ment ou pourquoi elle retourne aupr
ès de lui. Personne ne comprend comment elle peut mettre sa vie en péril pour protéger un tel homme. Personne ne la comprend: ni sa famille, ni ses copines, ni le juge, ni la police, ni lassistante sociale. Personne ne cherche à la comprendre et tous et toutes jugent cette femme qui subit maintenant une deuxième victimisation. Dabord, victime de son mari, ensuite de tout le tissu familial, affectif et institutionnel qui devrait laider.

    Mais que lui arrive-t-il à cette femme? Nous sommes préparées à penser que tout danger n'arrive que dans la rue, dans le bois, dans lespace public. Cest dans lespace public où nous sommes représentées comme étant vulnérables. Mais nous ne sommes pas préparées pour penser que le danger peut se trouver à la maison, quil peut venir de notre père, ou du compagnon de notre mère. Que lui arrive-t-il à cette femme battue et menacée par lhomme bon quelle a choisi? Cet homme auprès duquel elle se couche chaque soir, depuis des années. Lhomme qui promit de laimer, de la protéger et de prendre soin delle. Cet homme avec qui elle partage sa vie, cet homme qui un jour commença par la mépriser, la maltraiter, qui un jour exerça une violence sans limite qui la conduit à lhôpital. Cette femme se sent confuse parce que lhistoire damour est devenue une histoire de terreur. Cette femme ment parce quelle se sent honteuse de que ce soit cet homme, quelle avait choisi, celui qui lagresse comme jamais elle ne la été. Elle ment parce quelle a peur, Elle n'a pas peur pour elle-même, en pensant à ce quil peut lui faire si elle le rend public, mais elle a une peur panique de réveiller sa colère contre elle, contre ses enfants. Et elle ment pour le protéger, parce quelle est inquiète pour lui, parce quil va mal. Bien souvent elle ne pense pas à son intégrité physique à elle mais bien à comment l'aider, lui.


    Comment est-il possible que nous les femmes, nous aimions ainsi, nous aimions par-dessus tout et surtout, par-dessus notre bien-
être; Il nest pas rare parce que cest dans notre culture et cest ce modèle damour qui nous est transmis à nous femmes. Nous avons appris que lamour est liéà la souffrance. Plus nous souffrons et plus nous aimons, comme la Vierge, qui vit uniquement pour souffrir pour son enfant, pour prendre soin de lui. Nous, les femmes, nous apprenons un modèle damour qui consiste à aimer autrui et à en prendre soin. Nous apprenons à vivre fatiguées, car nous apprenons à faire passer les besoins des autres avant les nôtres. Lamour de soi est relégué au second plan. Beaucoup d'entre nous, femmes adultes, sommes conscientes que c'est le modèle damour dans lequel nous avons étéélevées. Enfants, personne ne nous a dit que nous méritons d’être traitées avec du respect, que nous méritons des égards.


Prévention


    Et aujourd
hui, nous continuons de même. Aux jeunes filles on ne leur parle ni de la violence des hommes envers les femmes, ni de comment se protéger de ce genre de violence, de comment détecter rapidement des attitudes de maltraitance, pour pouvoir faire la distinction d'une bonne relation ou d'une mauvaise, pour elles.

   
    Et, de cette fa
çon, lhistoire se répète. Pendant lannée 2007, des femmes continuent de mourir assassinées par leurs conjoints et il existe toujours la violence au sein des relations de couple. Il y a des mesures qui ont été prises: policières, judiciaires et des foyers daccueil. Mais il nexiste rien pour prévenir cette violence, pour éviter quelle ne se reproduise pas.


    Pour cela, il faudrait parler de cette r
éalité dès ladolescence. Nous devrions montrer aux jeunes filles un autre modèle damour : nous pourrions leur demander quelles fassent attention, lors de leur premier rendez-vous avec un garçon, si celui-ci sait les écouter, si vraiment il s'intéresse à elles. Sil nen est rien, si un homme lors de leur premier rendez-vous, ne sintéresse pas à cette femme en tant que personne, sil ne sait pas l’écouter, il ne saura certainement pas laimer. Si lors de rendez-vous suivants, il se montre colérique ou quil se permet de commentaires méprisants envers elle ou la ridiculise devant les autres, il est très possible quun jour il ait recours à la violence envers elle. En fait, il est déjà en train de faire, puisque la violence a des multiples formes dexpression. Il ne sagit pas que de violence physique. La violence est aussi de se montrer méprisant envers sa compagne, en lui disant quelle est grosse, qu'il ne sait pas de quoi elle parle, quelle est ignorante, quelle est maladroite. La violence est de contrôler tous ses faits et gestes, de lui empêcher de voir ses ami-e-s. La violence est de parler delle de façon méprisante devant des tiers personnes dans le but de lhumilier en public. Ce sont tous des signes de violence que nous pouvons percevoir, mais que nous napprenons aucunement à les identifier, car personne ne nous a parlé de cette violence-là. La violence du mépris existe aussi des femmes envers les hommes, mais elle devient rarement de la violence physique, de la violence de contrôle et de la possession dautrui, parce que nous sommes dans un système de domination des hommes sur les femmes, un système historique qui est le patriarcat.

   
    Donc, nous savons beaucoup sur l
origine de cette violence, mais nous navons pas une éducation qui apprenne aux fillettes, aux enfants, aux jeunes personnes, un autre modèle damour. Et, surtout, nous navons pas une éducation qui forme les jeunes filles à détecter les signaux de la violence contre elles..

    Qarrive-t-il dautre à la femme lorsque son mari la maltraite ? Il arrive que, certainement, cela fait longtemps quelle ressent son mépris, quelle ressent cette violence de basse intensité dans son corps. Il arrive que son estime de soi soit détruite parce quelle nest pas capable de réagir, parce quelle permet quil lhumilie, quil la méprise, quil la batte et que, en plus, elle fait semblant de que tout cela nest pas en train de se produire. Cette femme est brisée. Tout le monde veut quelle réagisse, mais elle ne peut pas, parce quelle est déjà brisée. Et quelle ne reçoit ni le soutien ni la compréhension dont elle a besoin.


De quoi a-t-elle besoin
 ?


    Elle a besoin du soutien de son entourage. En tout premier lieu, qu
on lui fasse confiance. Parce que très vraisemblablement il lui est déjà arrivé que lorsquelle a voulu en parler, personne na voulu la croire et, parfois, même l’écouter... Peut-être que sa famille, au lieu de la protéger, protége son mari. Il nest pas un inconnu, il est bien son mari à elle et, donc, il est très possible que son entourage ne veuille pas accepter ce qui est en train de se passer, ne veuille pas se voir obligéà réagir, parce que pour ses proches, tout cela leur est très perturbateur.

   
    Elle a aussi besoin des mesures institutionnelles de soutien inconditionnel, des mesures mat
érielles (un salaire immédiat, si elle nen a pas et une maison où aller) et des mesures psychosociales, des groupes de soutien, des ateliers sur lamour, sur lamour de soi et lamour de couple. Pourtant, et bien trop souvent, les institutions vont la punir. Je parle dune double victimisation, que jai déjàévoquée. De quoi sagit-il ? Une femme est victime de la raclée de son mari, dépose une plainte, mais trois jours plus tard, ou une semaine plus tard, elle retire la plainte, parce quil lui a promis que cela narrivera plus jamais, et quelle veut le croire. Et un mois plus tard, il la frappe à nouveau et elle appelle la police à son secours, mais cette fois-ci ils ne sont pas aussi aimables parce quils ne comprennent pas pourquoi elle est toujours avec lui... Et son entourage affectif, sa famille, ses amies, peuvent aussi la punir en la traitant dincapable.


    La maltraitance, la violence dans les relations du couple, devient possible parce que nous n
apprenons pas à faire la différence entre le bon traitement et le mauvais traitement. Et cela est possible parce que nous établissons des relations de domination-soumission. La violence masculine suit une logique qui est celle darriver à soumettre la femme au contrôle de lhomme. En fait, les assassinats, bien souvent, vont se produire lorsque la femme arrive enfin à se séparer, parce que cest là que la relation de domination-soumission se termine, et que cet homme-là naccepte pas de perdre le pouvoir quil détenait sur elle.


    La violence masculine est pr
ésente dans la vie. Pour les jeunes garçons, être un homme signifie détenir le pouvoir : avoir une voiture pour aller vite, avoir une fille pour avoir des rapports sexuels, pour avoir un accès exclusif à son corps comme un objet à posséder. Dans ce modèle de masculinité, être homme ne veut aucunement dire se montrer vulnérable, parler de ses émotions, apprendre àécouter les autres et soi-même, écouter comme il se sent. Les garçons napprennent pas cela et, au contraire, ils vont apprendre à rivaliser entre eux, pour lespace en jouant au football et autres jeux compétitifs, pour la fille, pour être le plus fort, pour fantasmer avec la domination. Les garçons, qui deviendront plus tard des hommes, napprennent pas àêtre complices, parce que le fait d’être complice est considéré«féminin», et être féminin signifierait être amoindri pour un homme. Pour cette raison, les hommes se sentent bien souvent très seuls dans le monde et vont retourner cette colère qui les habite sur leur compagne, quils considèrent coupable. Bien que cela semble paradoxal, les hommes violents se considèrent victimes des femmes.


    Il est vrai que nous apprenons
àétablir des rapports avec les autres à travers surtout, des références familiales. Si nous avons vécu dans notre enfance des relations de pouvoir à la maison, si nous avons vu des relations de maltraitance, aussi bien de la part du père envers la mère ou vice-versa, nous reproduirons certainement ces relations de pouvoir. Mais malgré cela, l’éducation publique peut contribuer à apprendre à modifier ce modèle de relation, à faire la différence entre le bon traitement et le mauvais traitement.


    En somme, nous n
avons pas une éducation qui penche pour le bon traitement, qui travaille de façon différente autant avec les garçons quavec les filles. Une éducation qui travaille avec les filles lestime de soi, le respect de soi et le droit au bon traitement. Une éducation qui travaille avec les garçons la complicité, lexpression des émotions, le respect de soi et dautrui. Nous navons pas une éducation qui nous apprend à faire la différence entre ce que nous souhaitons et ce que nous ressentons, qui nous apprend à demander ce dont nous avons besoin et qui nous apprend à dire non à que nous ne voulons pas.


    Et, surtout, nous n
avons pas une éducation qui parle de lorigine de la violence des hommes, qui parle du patriarcat. Que signifie le patriarcat, pourquoi le pouvoir a été, et est toujours dans les mains des hommes ; pourquoi les femmes ne paraissent pas dans nos cours dhistoire, ni de philosophie ; pourquoi les hommes achètent les voitures les plus grandes et les femmes les plus petites, pourquoi ce sont les femmes surtout, qui soccupent de prendre soin des autres, dans la vie quotidienne. Pourquoi les filles sont obsédées par le fait d’être minces et les garçons par la grandeur de leur appareil génital ?


    Il est vrai que, dans la mesure o
ù socialement, les rôles se flexibilisent, dans la mesure où les hommes simpliquent dans l’éducation de leurs enfants, dans le soin des personnes âgées, dans la mesure où le bon traitement est cultivé et la tendresse paraît comme relation possible, les référents dominants changent et cette violence des hommes diminue. Et, en fait, dans lactualité, la plupart des hommes nagissent pas avec violence envers leurs compagnes, même pas lors du processus de séparation du couple.


    Mais il y a des choses qui peuvent
être faites pour prévenir cette violence et qui ne sont pas faites. En somme, nous navons pas une éducation émotionnelle et érotique qui nous permet de modifier les rapports entre les hommes et les femmes, pour les transformer en relations entre égaux. Bien au contraire, nous avons le monde commercial et de la télévision qui réfléchit et augmente constamment les relations de domination-soumission entre les hommes et les femmes.

Clara Wolfram, agente d'égalité






 

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